L'histoire commence
à reparler d'eux, ces oubliés de la mémoire qui
ont été chassés, parqués puis emprisonnés
par la police de Vichy avant qu'ils ne soient pour la plupart
déportés. Plusieurs centaines de milliers d'entre eux,
sans que l'on puisse en connaître le nombre, sont morts en camp
de concentration.
Ce film émouvant
au possible nous fait partager la vie difficile et dramatique d'une
grande famille tzigane qui cherche tout simplement à vivre
dans cette France occupée où la police aux ordres les
poursuit.
Théodore,
vétérinaire et maire d'un village de la zone occupée
les accueille et cherche avec l'institutrice Madame Lundi à
les protéger de la vindicte populaire.
La population
paysanne accepte ces gens venus d'ailleurs à la condition
qu'ils ne restent pas longtemps et quand Théodore propose leur
sédentarisation provisoire afin qu'ils ne soient pas envoyés
en camp par les nazis, les vieux réflexes quelque peu
xénophobes prennent le dessus.
Les personnages sont
très attachants et le réalisateur a évité
toute caricature, c'est ainsi que le spectateur découvre la
vie de ces « roms » et très vite il se
prend d'affection pour Taloche, le grand enfant de 30 ans
magnifiquement interprété qui protège P'tit
Claude, un enfant dont les parents ont disparu.
Le spectateur n'a
pas le temps de souffler ou de respirer car si au début de
l'histoire, les images et la musique nous plongent dans un milieu
chaleureux où l'on se sent bien, très vite on perçoit
le danger qui guette et le drame qui arrive.
Evidemment Marc
Lavoine est plus vrai que nature dans se rôle taillé
pour lui mais ce sont les tziganes qui nous attirent par le jeu
étonnant haut en couleurs et en mouvements de Taloche qui
saute, court, bondit et volerait presque ou par la belle Tzigane sur
son cheval au galop.
Des questions bien
actuelles sont posées par ce film comme celles sur les
conditions de scolarisation et d'accueil de ces enfants.
En effet si ce film
qui ne laisse aucun spectateur indemne nous plonge dans l'histoire
noire de notre pays et de l'Europe, il nous conduit aussi à
réfléchir sur la situation actuelle.
Comme l'a exprimé
un homme du voyage à la fin d'une projection : «
aujourd'hui encore nous sommes obligés de pointer tous les
trois mois avec des carnets qui ressemblent étrangement à
ceux d'hier ».
Comme « autrefois »,
les panneaux indiqués « interdit aux gens du
voyage » sont apposés un peu partout et des
barrières les empêchent d'occuper des terrains alors que
ceux qui devraient être aménagés ne restent qu'en
l'état de projet...
Le débat
actuel sur l'identité nationale nous montre que les périls
sont encore là.
La France a
effectivement un devoir de mémoire à remplir, non
seulement pour rendre hommage à toutes celles et à tous
ceux qui ont disparu dans les camps de la mort mais aussi pour que
plus jamais cette patrie des droits de l'homme ne soit souillée
par le racisme et la haine de l'autre.
Ne manquez pas ce
film qui sortira le 24 février 2010, emmenez-y vos amis. Les
tziganes vous feront danser et vous vous souviendrez longtemps de
cette histoire sociale et humaine dramatique.
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Ils portent beaucoup de noms différents : pour certains ce sont des romanichels, des gitans, des tsiganes, ou des roms... Aujourd'hui ils préfèrent qu'on les appelle : « les gens du voyage ». Hier comme aujourd'hui ils sont mal connus et la meute des « honnêtes gens » continue à véhiculer des caractérisations peu aimables à leur rencontre et largement non fondées. Les deux auteurs de ce livre lèvent le voile sur l'identité de ces « nomades » et nous font découvrir le sort qui leur fut réservé dès le début du siècle dernier et surtout durant l'occupation allemande. Honte d'abord à une certaine république et à des républicains qui, passionnés par les droits de l'homme, ne reconnaissaient que les sédentaires ! Dès 1907, les élus, quelle que soit leur appartenance politique, à l'exception de l'extrême gauche d'alors commencent à élaborer un texte de loi pour contrôler efficacement les tsiganes. C'est en vertu de ce texte et d'autres conçus par « d'authentiques » républicains que le gouvernement de Vichy put mettre en résidence forcée les tsiganes et tous les nomades. Cette résidence forcée prit la forme de camps et beaucoup de tsiganes furent ensuite transférés par les nazis vers les camps de la mort. Ceux qui sont restés internés en France resteront dans cette situation jusqu'au milieu de l'année 1946, bien après la capitulation allemande ! Les deux auteurs nous font découvrir la vie difficile de ces gens du voyage et l'attitude peu reluisante d'une population « ordinaire » c'est à dire sédentaire qui n'a pas hésité à dénoncer la présence de nomades aux policiers et gendarmes afin qu'ils soient enfermés dans des camps. Une large majorité de ces tsiganes avait la nationalité française et de nombreux hommes avaient fait la grande guerre ou se trouvaient prisonniers en Allemagne... Qu'importe ! : ils étaient différents et livrés à la vindicte populaire. Mais attention ! Les deux auteurs sont des historiens et ne masquent aucune réalité. Ils évoquent aussi ces quelques maires qui ont eu une attitude digne et courageuse comme ce premier magistrat d'une commune de la Mayenne qui écrivit aux autorités : « J'ai l'honneur de vous signaler à nouveau le dénuement des nomades stationnés à Grès-en-Bouère. Certains d'entre eux n'ont pas de roulottes pour coucher, pas d'argent pour manger, c'est lamentable.... » Dans les camps de la mort, de nombreux tsiganes et notamment des enfants ont été choisis comme cobayes pour les expérimentations « médicales » de Mengele. « Des femmes et des fillettes moururent dans des souffrances atroces après avoir été stérilisées de façon barbare ». Les deux auteurs de ce livre ont ouvert des archives oubliées et interrogé des survivants pour reconstituer la vie de tous ces gens du voyage, poursuivis, arrêtés, déportés. Les gouvernements français qui se sont succédé ont une part de responsabilité en ce qui concerne le racisme ambiant à l'encontre des tsiganes, il est temps que la spécificité de leur culture soit prise en compte et aujourd'hui il est essentiel que l'Etat reconnaisse les torts commis pendant la seconde guerre à l'encontre de cette population. Je conseille à tous ceux qui vont aller à la projection de l'excellent film : Liberté de Tony Gatlif de lire cette oeuvre fort utile pour bien comprendre la genèse de cette politique qui conduisit les gendarmes à contrôler les « carnets anthropométriques » des tsiganes afin d'orienter des familles entières vers un internement humiliant et inhumain. Jean-François CHALOT |